Disparition de Manuel Lorente

Le 6 octobre dernier, à Dakar, Manuel Lorente nous a quitté.
Pour combattre les douleurs liées à sa maladie, il avait choisi de finir ses jours au soleil. Ce soleil n’a toutefois pas réussi à endiguer sa maladie.

Il a été inhumé lundi dans l’Eglise de Saint Pierre-lès-Elbeuf en présence de sa famille et de ses proches, comme il le souhaitait.

Manu a été un grand arbitre International A.I.B.A et je voudrais une nouvelle fois, au nom du Comité Régional de Boxe de Normandie, adresser mes plus sincères et plus chaleureuses condoléances à sa famille.

Je devrais dire Monsieur Manuel Lorente tant Manu a été un grand monsieur de la boxe en général et de la boxe normande plus particulièrement.

Au travers de ses actions au service de la boxe, par sa dimension humaine et son charisme, Manu a été un grand monsieur.

Pour la boxe il a été un acteur à trois niveaux : d’abord boxeur, puis arbitre et enfin dirigeant.

Il a fait une carrière d’arbitre international amateur exceptionnel. Dans la droite ligne des arbitres normands prestigieux, il accompagnera régulièrement dans les grandes compétitions mondiales nos jeunes boxeurs internationaux. Son passage sera marqué par sa grande rigueur, par son talent, par son professionnalisme et surtout par son impartialité à toute épreuve et son sens de la justice. C’est ainsi que fort de son caractère bien trempé il n’hésitera pas à se confronter aux instances internationales quand celles-ci oublieront les premières exigences du sport, c’est-à-dire celles de la justice et de l’impartialité. Il ira jusqu’à déchirer sa licence internationale devant eux. C’est ainsi, encore, que plus récemment il fera tout pour alerter le monde entier à la suite des dérives de l’AIBA consécutivement aux scandaleuses décisions de Pekin et de Londres à l’encontre notre talentueux boxeur normand Alexis Vastine.
Mais son action au service de l’arbitrage et de la boxe ne s’est pas arrêtée là. Il a su faire bénéficier de son savoir, de son expérience, les jeunes arbitres hommes et femmes qui étaient autour de lui. Il va, ainsi, particulièrement contribuer à la nomination de la première femme arbitre AIBA.
Tous sont unanimes. Il était un modèle de rigueur, il était pédagogue mais surtout il ne comptait ni son temps ni ses efforts pour leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes.

Ensuite, fort de cette réussite au niveau international, il s’est aussi investi dans les organisations de hauts niveau et dans la restructuration des clubs notamment celui du R.A.E (Ring de l’Agglomération Elbeuvienne) dont il assurera la Présidence pour en faire le plus grand club Normand autour de champions prestigieux comme Daniel Trioulaire.

Derrière cet homme, qui s’est totalement mis au service de la boxe, il y a un homme exceptionnel par sa force, par son charisme, par son caractère affirmé, par son goût de l’indépendance et de la justice. C’est aussi, un homme ayant un grand sens de l’amitié, d’une générosité sans limite et d’une grande sensibilité qu’il s’efforçait de dissimulé derrière une première attitude fière et distante. Tous ceux qui ont pu connaître Manu de prés, savent combien il a donné pour la boxe en générale mais aussi combien il a été généreux avec tous ceux qui partageaient sa passion pour le noble art.
Combien ont profité de cette générosité spontanée ? Beaucoup sans aucun doute. Peut-être un peu trop d’ailleurs.

Manu c’était aussi un sens aigu de l’amitié. Celle qui dure, celle qui ne se négocie pas, celle qu’on a chevillée au corps, celle pour laquelle on est prêt à se battre. Aussi, rien n’était plus difficile pour lui que de gérer les trahisons. C’était une chose qu’il ne pouvait pas admettre qu’il ne pouvait pas concevoir.

Je ne voudrais pas mettre un terme à ces quelques mots sans lui dire merci. Car j’ai eu la chance de le rencontrer et de l’apprécier. Je sais aussi que c’est lui qui m’a permis de mettre un pied dans l’organisation régionale de la boxe Normande et qu’il a, par la suite, défendu avec beaucoup de ferveur mes prises de positions. J’aurai beaucoup aimé que le temps nous permette d’œuvrer encore un peu plus, ensemble, pour la boxe.

Manu, toi qui nous quitte trop tôt, la boxe et plus particulièrement la boxe normande te remercie pour tout ce que tu as fait pour elle.
Tu vas manquer à la Boxe, tu vas beaucoup manquer à ta famille et à tes amis. Tu savais l’affection que j’avais pour toi. Tu vas me manquer.
Avec ton départ me vient à l’esprit les mots de cet immense poète anglais du XVIIème siècle, John Donne, qui inspira Ernest Hemingway, quand il publia son roman sur la guerre d’Espagne “Pour qui sonne le Glas”. Il expliquait qu’il ne fallait jamais demander “pour qui sonnait le glas”, puisqu’il sonne toujours pour nous dans la mesure où la disparition d’un proche correspond à une mort d’une partie de nous-même. Manu, ton nom était étroitement lié à celui de la boxe normande, tu faisais partie de nous-même. Ta disparition est aussi un peu la nôtre. En attendant de pourvoir te retrouver au pays de l’amitié et des justes, nous ne t’oublierons pas.

Michel Corbière.