La boxe professionnelle à Villers sur Mer

SAMEDI 18 DÉCEMBRE

Davide Nicotra présentait cinq combats professionnels dont une finale de la coupe de France élite des poids moyens mettant aux prises Anauel Ngamisengue (9 v) et Kassimou Mouhamadou (7 v, 6 d).

Cette finale constituait une revanche entre les deux hommes, Anauel Ngamisengue ayant remporté aux points le premier affrontement. Très bon boxeur et dur au mal, Kassimou Mouhamadou la voulait cette victoire mais c’était sans compter sur la volonté et le talent de son rival qui entendait confirmer le premier résultat. Anauel Ngamisengue a impressionné le nombreux public du gymnase de la Fighting Académie Club par sa puissance et l’étendue de son arsenal technique. Le valeureux Kassimou Mouhamadou a été compté deux fois au 2eme round, la 1ère suite à un crochet gauche à la face et la seconde sur un crochet droit qui l’a envoyé au tapis. Kassimou Mouhamadou s’est repris lors de la reprise suivante avant qu’Anauel Ngamisengue ne produise une prodigieuse accélération au 4ème round. Le protégé de Bob Sita a délivré une série des deux mains conclue par une terrible droite à la face qui a projeté au sol Kassimou Mouhamadou, ce dernier allongé de tout son long sur la bâche était irrémédiablement mis KO par ce coup d’une puissance inouïe.

Le jeune super-welter Bakary Samake (7 v) a eu fort à faire avec un Houcine Moulahi (3 v, 8 d, 1 n) offensif et accrocheur à souhait. Houcine Moulahi a récolté deux avertissements pour accrochages répétés au 5ème et 8ème round. Bakary Samake a fait preuve d’une étonnante maturité malgré son jeune âge pour se sortir du métier et de la fougue de son rival. Il s’est imposé aux points pour les trois juges.

En poids légers, le talentueux Léger Mevy Boufoudi (7 v) a battu le Géorgien Mikhaïl Gabinashvili (7 v, 27 d, 2 n) par abandon à l’appel de la 5ème reprise. Mevy Boufoudi a offert au public une démonstration de noble art en sortant tous les coups de la boxe. Crochets, uppercuts et feintes, le Georgien a tout encaissé, montrant au passage une solidité à toute épreuve. Mikheil Gabinashvili, qui avait beaucoup reçu, était dans l’incapacité de reprendre le combat au 5ème round.

En mi-lourds, Dylan Colin (9 v) a largement battu aux points (60-54, 60-54, 60-54) Maurice Possiti (20 v, 17 d). Dylan Colin a dominé les débats avec son bras avant et ses crochets au corps et à la face. Maurice Possiti est demeuré dangereux en attendant de saisir la moindre ouverture pour placer ses contres.

Le poids Welter Romain Lehot (3 v) a battu par décision majoritaire (38-38, 40-36, 39-37) Naim Belhacene (1 v, 3 d).  

Michel BEUVILLE

« Tout n’est que travail et il faut rêver »

Le début de carrière du Barentinois (8 v) est atypique : il s’est paré du titre national professionnel des moyens, à vingt-deux printemps, avec seulement huit combats au compteur après une victoire aux points, contestée, aux dépens de Moughit El Moutaouakil (15 v, 1 n, 2 d), le 5 octobre, à Monte-Carlo. Confessions d’un pugiliste détonnant.

Vous voilà champion de France après avoir accepté au pied levé d’être cochallenger…

J’ai eu un peu de temps pour redescendre et me remettre de l’impact du titre. Les premiers moments ont été compliqués parce que l’on m’a accusé d’avoir volé ma victoire. Au départ, j’ai donc eu un peu de mal à savourer la victoire. D’ailleurs, quand je suis rentré à l’hôtel après le combat, je n’ai pas fêté ma victoire. Je l’ai regardé trois à quatre fois en m’efforçant d’être le plus objectif possible. Ce n’est vraiment qu’après ça que je me suis dit que ce que l’on me reprochait n’était pas vrai. J’ai alors pu savourer mon succès. J’ai été sous le feu des projecteurs très vite mais cette ceinture est un grand bonheur, pour toute ma famille et pour mes amis.

Vous avez forcé votre destin…

Quand j’ai vu, sur Facebook, que l’on cherchait un cochallenger, j’ai appelé Maxime Beaussire qui est mon promoteur et mon ami. Je lui ai dit : « On y va ? » Il m’a répondu : « Bien sûr. » Et voilà (sourire). Il n’y a pas eu d’hésitation car c’est une chance qui, sinon, ne se serait pas présentée aussi vite. J’ai donc sauté sur l’occasion. Et, jusqu’à preuve du contraire, j’ai bien fait ! Je n’étais pas classé car je n’avais pas, à mon actif, le nombre minimal de combats, à savoir dix, requis pour disputer un championnat de France. J’ai donc appelé la Fédération pour demander une dérogation sachant que personne, dans les dix premiers du classement national de la catégorie, n’avait accepté de faire ce combat.

« S’il doit y avoir une revanche, il y en aura une »

On se risque à vous poser la question : êtes-vous convaincu d’avoir gagné ?

Oui, bien sûr. Même si le combat a été très serré, ce dont je suis conscient, les gens ont vu que malgré la déferlante de frappes déclenchées par Guito, beaucoup étaient bloquées tandis que nombre de mes remises touchaient. Même s’il a été plus intensif que moi, on ne peut pas contester que j’ai été plus précis. Or, la boxe professionnelle donne la primauté à celui qui comptabilise le plus d’impacts sur les zones autorisées. Et je pense que c’est moi qui ai excellé dans ce domaine. Par ailleurs, ma technique et ma stratégie étaient meilleures. Il y a un ressenti quand on boxe : là, à chaque fin de round, plus les reprises passaient, plus je savais qu’il s’avait qu’il perdait. Cela se voyait. Ceci dit, je ne suis pas là pour dire que j’ai gagné haut la main. Je pense l’avoir emporté parce que l’on m’a appris une boxe qui est le noble art, c’est-à-dire toucher sans se faire toucher. Je me suis toujours entraîné très dur pour ça.

Toutefois, le Président de la FF Boxe, Dominique Nato, a ordonné une revanche…

Il n’y a pas de souci. S’il doit y avoir une revanche, il y en aura une. Il n’y aura aucun problème si cela se fait dans de bonnes conditions et que l’on s’entend. On verra ça en temps voulu, sachant que depuis ma victoire, j’ai reçu beaucoup de propositions.

Pas grand monde ne vous connaissait avant ce succès. Qui êtes-vous, en fin de compte ?

J’habite Saint-Pierre-de-Varengeville, en Seine-Maritime. J’ai commencé la boxe à quatorze ans, à Barentin. J’y suis toujours licencié. Je n’ai jamais quitté mon club. J’ai tout de suite aimé, dans ce sport, le dépassement de soi et la dimension à la fois stratégique et scientifique de ce sport. Je suis un addict de l’entraînement et du travail.

« Je ne fais que de la boxe et je n’ai pas d’emploi à côté »

A vous voir et à vous entendre, on serait enclin à penser que vous n’avez pas un tempérament qui vous prédestine à ce sport…

Oui parce que l’on est encore beaucoup dans le stéréotype qui voudrait que les personnes qui font de la boxe doivent venir des quartiers. A mon âge et malgré le fait que je sois issu d’une petite campagne, j’ai vécu bien plus de choses que ce que certains assurent avoir vécu. Je sais ce que je veux, pourquoi je m’entraîne et je me mène la vie dure, en particulier pour mon père. Je rêve de lui donner une vie et une retraite meilleures mais également de prouver aux gens, aux enfants et aux adolescents que peu importe l’âge, on n’a pas le droit de nous enlever nos rêves. Quand j’ai commencé la boxe, on m’a toujours dit que je ne ferais rien et que passer professionnel serait peine perdue parce que je suis issu d’une petite ville, que j’ai une gueule d’ange et que je ne suis pas taillé dans la pierre. On m’a dit que je ne pourrais espérer, au maximum, que remporter le Critérium. Or, aujourd’hui, je suis dans le top 80 mondial du classement Boxrec. Je veux partager ma philosophie de vie avec les gens de mon âge : tout n’est que travail et il faut rêver. Moi, j’ai décidé de faire tout ce qui est possible parce que je souhaite réussir dans ce milieu. Je veux m’en donner les moyens afin que mes rêves deviennent réalité.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie au quotidien ?

Je ne fais que de la boxe et je n’ai pas d’emploi à côté. J’essaye de trouver un maximum de sponsors pour financer mes saisons et pouvoir m’entraîner tous les jours. Je survis et je fais du mieux que je peux. C’est une décision que j’ai prise et je ne peux donc pas m’en plaindre. J’estime que si je veux atteindre le niveau supérieur, il faut que je m’entraîne quotidiennement avec mon coach à Barentin, Jean-Michel Levasseur, et que je consacre ma vie à ça.

Propos recueillis par Alexandre Terrini

INTERVIEW ROMAIN NEMERY

J’ai le sentiment du devoir accompli

En dépit de sa vaillance habituelle, le Dieppois (9 v, 3 n, 11 d) s’est incliné aux points, à l’unanimité des juges (99-91, 97-93, 100-90), face à Nurali Erdogan (12 v), le 23 octobre, à Cernay, alors que le titre national vacant des welters était en jeu. Un échec avec les honneurs qui inscrit toutefois son avenir pugilistique en pointillés.

Quelle analyse faites-vous de ce championnat de France ?

Tout d’abord, je pense que cela a été un magnifique combat. Dans la salle, tout le monde a été unanime pour le reconnaître. Nurali et moi avons fourni un beau spectacle. Nous avons livré une belle guerre. Le combat a forcément été animé. Dans la mesure où il est plus grand que moi, j’ai cherché à casser la distance. J’ai avancé durant quasiment tout le match en m’évertuant à ne pas rester en face mais à désaxer pour ne pas être une cible facile à toucher. J’ai essayé de le faire avec mes moyens. J’ai réussi à éviter pas mal de coups mais j’en ai aussi pris. Le but était, ensuite, d’enchaîner avec des séries et de le saper au fil des rounds. Lui a très bien bougé et boxé en contres. Techniquement, il a un bagage plus étoffé que le mien. Ses déplacements et ses remises m’ont posé des problèmes. La défaite est normale mais peut-être pas sur un score aussi large que le pointage de certains juges. J’ai donné le meilleur de moi-même et il n’y a pas de regret à avoir. Je suis fier de ce que j’ai fait.

Que vous a-t-il manqué pour inverser la vapeur ?

Ce qu’il me manque depuis pas mal de temps : à savoir, que je donne des coups mais je ne fais pas suffisamment mal pour sonner l’adversaire. Là, j’ai touché Nurali mais ce n’était pas suffisant pour le stopper dans ses actions. En outre, je suis un peu lourd sur mes jambes. Il faudrait que je sois plus rapide dans mes déplacements afin de mieux cadrer et de fermer la porte pour que mon adversaire ne puisse pas s’enfuir. Cela fait partie des soucis que j’ai eus face à Nurali Erdogan. Même si je réussis mieux qu’avant à cadrer, ce n’est pas encore ça. C’est un travail de longue haleine.

« Je ne sais pas ce que je vais faire »

Avez-vous, toutefois, le sentiment d’être arrivé à votre limite sur le plan tactique ou avez-vous encore une marge de progression ?

C’est difficile à dire car j’ai quand même trente-quatre ans. Avec Sofiane Slama, mon coentraîneur à Canteleu avec Sébastien Dufour, à Dieppe, on inclut dans ma préparation physique des exercices relatifs aux déplacements, à la rapidité et à la proprioception. Peut-être que cela m’apportera de nouvelles cordes à mon arc. Il faudra voir dans la durée.

Si vous continuez votre carrière dans le carré magique…

Pour être honnête, je ne sais pas encore ce que je vais faire. Je suis proche de la fin. Je me dis que si dans les semaines à venir, on me propose une belle opportunité, un championnat ou un combat sans titre en jeu mais d’un intérêt sportif réel, je pense que je la saisirais, que ce soit en France ou à l’étranger. Après, il faudra laisser la place aux jeunes. Si je n’ai pas de proposition, il est possible que ce championnat de France soit mon dernier combat. J’ai le sentiment du devoir accompli. Jamais je n’aurais pensé, au début de ma carrière, arriver à ce niveau-là et devenir, un jour, champion de France professionnel. Cela a été l’apothéose.

Parallèlement à la boxe, je suis conducteur de trains de marchandises à l’échelle régionale et interrégionale. Je suis employé par une entreprise privée, Euro Cargo Rail. J’ai des facilités pour m’entraîner dans la mesure où je travaille régulièrement en horaires décalés, ce qui me laisse du temps libre en journée. Cependant, travailler la nuit n’est pas bon pour l’organisme ni pour la récupération. Si bien que, parfois, il y a un peu de fatigue… Par ailleurs, je ne bénéficie d’aucun aménagement particulier. Par exemple, si j’ai besoin de plusieurs jours pour aller faire des séances de sparring, il faut que je les prenne sur mes congés.

Propos recueillis par Alexandre Terrini

INTERVIEW MATTEO HACHE BOXE NORMANDIE

Dans cette toute nouvelle rubrique, nous tenterons de donner la parole aux boxeurs évidement, mais pas seulement…tous les acteurs normands du noble art qui font l’actualité, qui ont quelque chose à dire pourront le faire puisque cette rubrique s’intitule très justement : Normand dis.

Et pour cette première, nous tendons le micro à un garçon qui est un OVNI dans la planète boxe hexagonale actuelle.

À l’heure où beaucoup de carrières sont calculées au cordeau pour prendre un minimum de risques,  accouchent péniblement de combats au mieux inintéressants… lui a décidé de faire le show et de prendre de vrais risques pour avancer vers le but qu’il s’est fixé !

Il s’est lancé le défi de remplacer au pied levé  le champion de France Farrhad Saad qui a refusé d’affronter son challenger Moughit « Guito » El Moutaouakil le 5 octobre prochain à Monaco dans le cadre des prestigieux  Sportel Awards.

Tout en étant décontracté, souriant certes … mais déterminé !

Quand le talent rencontre le spectaculaire, quand le culot rejoint l’ambition, Mattéo veut bousculer la hiérarchie et la boxe plan plan…

Et nous à NORMAND DIS : bah… on aime ça !

Peux-tu te présenter pour les lecteurs du site du comité régional qui ne te connaîtraient pas ?

Je m’appelle Mattéo Hache, je viens de Rouen, j’ai 22 ans, je fais de la boxe depuis mes 13 ans et je suis passé professionnel le 14 décembre 2019.

Depuis, j’ai effectué 7 combats qui se sont soldés par des victoires.

La décision  de remplacer Farrhad Saad dans le championnat de France a-t-elle été prise en concertation avec ton équipe ou tu as tout de suite sauté sur loccasion ?

J’ai tout de suite sauté sur l’occasion en déclarant que moi, je voulais bien affronter Moughit El Moutaouakil, puis j’ai appelé mon promoteur Maxime Beaussire afin de pouvoir effectuer les démarches nécessaires.

Il était super content de l’initiative, ensuite on a organisé le travail en équipe.

Dans quel état desprit te trouves-tu avant ce combat ?

Le meilleur possible puisque je n’ai aucune pression.

Je te rappelle que le combat se passe en terrain neutre, que Guito n’est pas le champion et que je sais que j’ai la boxe pour le déranger.

En plus même, si je n’ai eu que 15 jours de préparation, j’ai la condition physique nécessaire et je sais que ce combat sera, de toutes façons, un tremplin dans ma carrière, donc tu vois, ça ne peut pas aller mieux ! (Rires)

Tu sembles toujours très calme, presque nonchalant sur le ring…est-ce ta nature profonde ou un rôle que tu joues ?

Non non c’est vraiment moi (rires).

Je suis beaucoup dans la réflexion, dans l’étude de l’adversaire… cela peut donner à penser que c’est de la nonchalance mais c’est juste mon style, ma personnalité.

Je ne pratique pas le trash talking en général et si parfois je le fais…alors là, je joue un rôle !

Mais ça arrive uniquement en réponse à l’adversaire (rires).

J’aime bien donner une illusion de facilité sur le ring puis je complique les choses au fur et à mesure du combat (rires).

Que penses-tu de cette médiatisation soudaine ?

En fait ça ne me change pas beaucoup car je suis déjà pas mal médiatisé en Normandie…

Avec la boxe bien sûr mais aussi par le biais des différentes actions sportives à but caritatif que j’ai entreprises ces derniers temps (action en faveur de l’association vaincre la mucoviscidose ou encore pour les sans-abris de Rouen).

Je suis donc habitué aux plateaux TV et radio (rires).

Et puis, pour moi, boxer à Monaco ou à Barentin c’est pareil !

Je boxe pour moi et mes proches et je ne me préoccupe pas trop de ce qui se passe autour… même si ça fait super plaisir de recevoir tous ces messages et savoir que je suis soutenu par toute une région.

propos recueillis par C.R.

La Championne du Monde, Maïva Hamadouche, en stage à Pont-Audemer

Le Comité régional de Boxe de Normandie a eu le plaisir et l’honneur de recevoir dans ses locaux, mercredi 16 juin, la championne du Monde IBF des poids super-plume, Maïva HAMADOUCHE, venue peaufiner sa préparation olympique dans le club d’Alain VASTINE en compagnie de son entraîneur national, Anthony VENIANT.

Cette championne d’exception, toujours à la recherche d’un nouveau défi, a souhaité prendre en compte les conseils d’Alain pour compléter sa préparation. Dans la salle d’entrainement du Boxing Club de Pont-Audemer, Alain avait mis à sa disposition des sparring-partners de qualité en la personne de Mattéo RIVOUAL et d’Enzo MARGUERITE qui avaient été libérés de l’INSEP pour la circonstance.

Lors d’un déjeuner partagé, nous avons pu prendre conscience de la volonté hors norme de cette championne. Mais aussi de son extrême gentillesse.

Unique sélectionnée olympique féminine pour les J.O, nous lui souhaitons le meilleur à Tokyo.

Par Michel CORBIERE